Afrique-Morts africains en Méditerranée : Cherchez le pyromane ! Je veux ton pétrole mais pas de toi ! hi..


Des migrants rescapés à Catania, Italie, 23 avril 2015.

Comment ne pas être agacé par toute cette soudaine et nouvelle surmédiatisation qu’on fait ces derniers jours des morts de la Méditerranée ? Certes, c’est l’actualité et une mise en agenda s’impose. Mais la vague, hélas, passera et bientôt, on parlera d’autres choses. Et c’est ce qui est bien dommage, car cette tragédie au sud de l’Europe dure au moins depuis 15 ans ! Je n’étais pas encore en Europe que j’entendais déjà parler des candidats à la migration qui mouraient dans le ventre de la l’Atlantique en tentant de rejoindre les Îles Canaries.

Lampedusa n’était pas encore à la mode. Au Cameroun, les ados de mon âge disaient alors un peu bêtement : « fait-quoi-fait-quoi, coûte que coûte, j’irai moi aussi en Mbeng. Même en pirogue ! » Près de vingt ans plus tard, rien n’a changé.

On convoque la énième réunion d’urgence, une minute de silence, pour se jurer que jamais plus cela n’aura lieu, pour se gargariser de belles déclarations humanistes et accessoirement se lancer des piques : Le Nord de l’Europe toise le Sud. On compte les morts, on leur offre un cercueil, un tombeau dans un cimetière où reposent également les plus grands de la noblesse sicilienne. Quel lot de consolation ! Les familles des victimes n’auront jamais le corps de leurs fils. Si elles veulent faire leur deuil, elles n’ont qu’à se mettre à la plongée sous-marine pour rassembler les restes d’un rêve déchu.

À chaque naufrage de grande ampleur, lorsque plusieurs centaines de migrants meurent d’un coup, on parle de crimes contre l’humanité. Les plus véhéments osent même le terme de génocide. Ah bon ? ! On écrit des articles de journaux et parfois des romans, on tourne des reportages, on se retrouve dans des palaces somptueux, et puis on décide de ne rien décider.

Personne ne veut de ces gens-là. Est-ce que la misère se partage ? On préfère recevoir les marchandises : pétrole, cacao, café, uranium, etc. Le pétrole ! La Libye ! Immense passoire, un trou béant où règne le chaos depuis la mort de Kadhafi, le vilain méchant dictateur ! Combien sont-ils encore de vilains méchants dictateurs à être en poste sur ce continent-là, sur la planète ? Où sont donc passés les faux marchands de paix et de démocratie ? Ils continuent d’entretenir des relations commerciales et financières avec les régimes les plus douteux, mais eux, ces migrants-là, non, ils peuvent crever dans leurs pays.

Comme quoi les Noirs ne seraient nulle part chez eux, même pas en Afrique.

Qui peut reprocher à l’Europe de ne pas vouloir ni pouvoir encaisser tout ce flux migratoire ? Qui peut reprocher à l’Europe sa crainte d’appel d’air ? L’expression « ces étrangers-là », « ces gens-là » qu’il faut renvoyer « chez eux » n’est pas propre à l’Europe. Je l’ai souvent entendue, petit, au Cameroun, lorsqu’on parlait des Nigérians qui, pour nous, étaient tous des Biafrais ; il fallait qu’ils rentrent chez eux. On l’a entendu récemment, lorsque quelques Sud-Africains ont affiché une fois de plus au grand jour leur effroyable xénophobie, en chassant « ces gens-là » qu’ils trouvent trop noirs ! Et la liste est longue et noire. Comme quoi les Noirs ne seraient nulle part chez eux, même pas en Afrique. Le désir de sauvegarder ses intérêts est humain. Ce désir est aussi humain que le rêve et l’espoir d’accéder à une vie meilleure.

Détrompons-nous ! Avec ou sans passeur, les migrants continueront de braver la Méditerranée. La tête haute et avec beaucoup de dignité. On appelle cela l’instinct de survie. N’avez-vous donc jamais vu des gens qui sautent par la fenêtre du cinquième étage d’un immeuble en feu, croyant ainsi sauver leur vie ? Eh bien, c’est la même chose avec ces migrants. Ils sont plus que jamais conscients des risques énormes qu’ils prennent en payant pour des embarcations de fortune. Le proverbe ne dit-il pas que qui ne tente rien n’a rien ?

Avec ou sans passeur, les migrants continueront de braver la Méditerranée.

Toutes ces personnes, toutes ces familles, toutes ces femmes et enfants essayent de fuir l’incendie sociopolitico-économique et même écologique chez eux. Mais cherchons donc le pyromane au lieu d’envoyer l’armée contre les passeurs qui, de toute façon, existent dans tout type d’immigration clandestine. Ils sont affreux, ces passeurs, certes, mais n’en faisons pas des boucs émissaires. Le problème est ailleurs.

Allez chercher le pyromane politique qui soutient ou cautionne tacitement ou même ouvertement les régimes les plus corrompus et barbares. Cherchez le pyromane économique qui pille sans le moindre scrupule et spécule sur tout, même sur l’air et le vent. Trouvez donc le pyromane écologique qui vous dira qu’il faut sauver les places de travail… en Occident ! Où est passé le pyromane social qui corrompt à grande échelle, immoralement et en toute impunité parce que son action n’est pas illégale ? Lorsque nous aurons trouvé le pyromane, alors nous pourrons réduire cette tragédie.

 

By EdoGmyblog (Edouard Gregory) Posted in Actualité

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