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Souvenirs d’un traumatisme chez les Haïtiens de Montréal


Directement affectée, l’importante communauté haïtienne de Montréal a vécu le tremblement de terre d’une façon aussi digne qu’émotive. « C’est un peu comme si un autre séisme était survenu ici, à la Maison d’Haïti. Dès qu’on a appris la nouvelle, les appels et les gens ont afflué. Tout le monde s’est précipité ici. Les gens de la communauté voulaient avoir des nouvelles. On n’en avait pas plus qu’eux, mais c’était comme une façon d’attendre ensemble, se souvient Marjorie Villefranche, directrice de la Maison d’Haïti, boulevard Saint-Michel à Montréal. Ç’a été vraiment difficile parce que nous ne sommes pas un organisme habitué à gérer des crises. »

Les jours ayant suivi le séisme, les gestes de soutien sont venus de toutes parts : des CLSC, de la Croix-Rouge et des représentants gouvernementaux. Montréal a d’ailleurs été la ville hôte d’une conférence de haut niveau des pays « amis d’Haïti ». Plusieurs téléthons et spectacles-bénéfices se sont succédé pendant un mois.

Pendant près de trois mois, la Maison d’Haïti est restée ouverte sept jours sur sept, de 9 h à 21 h. Les sociétés de téléphonie Bell et Telus y ont installé un centre d’appels improvisé.

Le centre de crise

« À un moment donné, on a voulu déplacer le centre de crise au complexe Guy-Favreau parce que la Maison d’Haïti est petite et vétuste. Les gens n’ont pas voulu. La population s’y sentait chez elle », rappelle Marjorie Villefranche.

« C’est aussi le moment où on s’est rendu compte de la maturité de la communauté. Je ne suis pas sûre que dix ans auparavant elle aurait pu réagir d’une manière aussi mature. Il n’y a pas eu d’engueulades, il n’y a pas eu de bagarres. Les gens se sont juste mobilisés et soudés », ajoute-t-elle.

Les communications avec Haïti se sont quelque peu rétablies au bout d’une semaine environ. De temps en temps, les gens arrivaient à tenir des bouts de conversation par téléphone cellulaire ou par le truchement d’Internet.

« Plus les jours passaient et plus les gens venaient pleurer ici. On avait peur de leur dire, s’ils n’avaient pas eu de nouvelles depuis une semaine ou dix jours, que ce n’était pas une bonne nouvelle. Il y avait donc l’angoisse, se souvient Mme Villefranche. On donnait des services aux gens, mais nous aussi, on était en deuil. Je ne pense pas qu’il y avait une seule personne dans la communauté qui n’était pas en deuil. Je n’ai pas perdu de famille, mais j’ai perdu des amis très, très chers. »

De son côté, pendant plusieurs semaines, la station CPAM diffusait presque exclusivement des émissions spéciales sur le tremblement de terre. Son directeur, Jean-Ernest Pierre, trouve que la communauté haïtienne de Montréal a bien réagi dans l’ensemble : « En temps normal, les Haïtiens de la diaspora apportent un soutien financier important à leur pays d’origine. Au lendemain du séisme, que ce soit par l’envoi de nourriture ou d’argent, ils ont énormément aidé les Haïtiens sur place à passer ce cap extrêmement difficile. »

Selon M. Pierre, la réaction des Canadiens et des Québécois a été « excellente », permettant« de voir que l’humain reste l’humain dans de telles circonstances : il n’était pas question de savoir quelle était la couleur de la peau, c’était un élan de solidarité tout à fait naturel. »

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