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Trois jours et deux nuits dans la peau d’un SDF


En 2012*, ils étaient 633 782 à errer, sans domicile fixe, sur le territoire américain. Un chiffre en constante baisse, mais qui continue d’inquiéter tandis que de l’autre côté de l’Atlantique un jeune journaliste britannique a récemment trouvé la mort après trois jours d’immersion intensive auprès de SDF de Newcastle. Cette situation, Mike Momany la connaît de près. Né en Allemagne, cet Américain d’adoption vit depuis deux mois dans la peau d’un vagabond à Seattle. Pas par contrainte, mais par réelle volonté. L’ex-programmateur informatique de soixante-deux ans, petit mais robuste, s’est même récemment lancé un pari fou : créer un “homeless tour“. Le principe ? Abandonner son identité pendant trois jours et deux nuits et se mêler aux sans domicile fixe d’Emerald City.

La petite affaire, qui compte son propre site web, arrive doucement mais sûrement aux oreilles des Américains. Pour la première session, qui devrait avoir lieu début novembre, sept personnes ont déjà été sélectionnées. “J’ai reçu une vingtaine de messages”, explique Mike : “Malheureusement, je dois faire le tri. Je ne peux pas me permettre d’emmener des personnes qui prennent ça à la rigolade, qui pourraient mal agir avec les SDF.” Tarif du mini-séjour : 2 000 dollars (soit environ 1 450 euros), tout inclus. Exceptionnellement, les cinq premières sorties coûteront 1 100. Une somme amplement justifiée pour l’organisateur : “En comptant les quatre heures de préparation avant de se lancer, j’en donne soixante-seize de mon temps. On arrive donc à vingt dollars de l’heure, ce qui me paraît très juste au regard d’une telle expérience.”

Nouveaux vêtements, mendicité et nuits au refuge

Première étape du séjour, la transformation physique. Après s’être débarrassés de leurs vêtements, les clients de Mike enfilent une tenue plus appropriée, fournie par la maison. Ils se voient ensuite attribuer un script, qui fait office de programme, et un surnom. “La conservation de leur anonymat est très importante”, précise-t-il. La suite ? Une visite des lieux fréquentés par les sans domicile fixe entre squares, parcs, bibliothèques, cafés et autres centres d’accueil. Tout ça en compagnie de “vrais” SDF, bien sûr. “Si vous avez du culot, vous pourrez même essayer de mendier un peu d’argent ou de dormir sur un banc”, ajoute-t-il sur son site web.

Des risques ? “Avec moi, aucun !” jure l’organisateur : “Seuls et sans connaissance du milieu, les gens risqueraient de se faire voler ou de se mettre en danger. Au contraire, je leur apprends à gagner le respect de ces personnes, à instaurer une relation propice au dialogue.” Mike, qui se défend de faire la promotion d’un “tourisme de la pauvreté”, tient absolument à préciser qu’il n’est pas intéressé par l’argent. “Sur les 2 000 dollars, 500 n’arriveront jamais dans ma poche”, assure-t-il. Une partie est reversée à trois établissements s’occupant de la prise en charge des sans-abri à Seattle, pendant que l’autre est allouée aux dépenses diverses, type alimentation et logement.

Sur ce dernier point, l’immersion n’est toutefois pas poussée à l’extrême. Les néo-vagabonds passeront une nuit dans un refuge sommaire et l’autre dans un hôtel, beaucoup plus luxueux. “Ses abords regorgent de SDF qui errent et se mettent à chercher un abri autour de trois heures du matin”, explique Mike : “Or, les abris en question ne nous laisseraient pas entrer et ressortir à souhait comme c’est prévu dans mon programme. Si un de mes clients souhaitait quand même dormir dans la rue, je ferais en sorte de le satisfaire.”

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