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27 juillet 1794. La fière princesse de Monaco est guillotinée après un examen vaginal


Françoise-Thérèse de Choiseul-Stainville.

Sur le point d’avoir la tête tranchée, la princesse de Monaco reste merveilleusement belle et, surtout, digne. C’est une aristocrate pur jus. Du sang bleu coule dans ses veines depuis plusieurs générations. À l’époque, les princes du Rocher n’allaient pas encore pêcher leurs épouses à Hollywood ou dans les bassins des piscines… Il n’est pas question pour la princesse de Monaco, née Françoise-Thérèse de Choiseul-Stainville, d’aller à la guillotine en montrant le moindre signe de faiblesse. Elle n’est pas du genre à se lamenter durant des semaines comme Delphine Batho

Au moment de monter sur l’échafaud, cette beauté de 26 ignore que ce 27 juillet 1794 est la dernière journée de la Terreur. Demain, le 10 thermidor, ce sera au tour de Robespierre d’être raccourci. À un jour près, elle était sauvée ! En quittant le quartier des femmes, la princesse chantonne “Comme un ouragan…” Voyant les détenus hommes la regarder partir avec le bourreau, elle s’écrie : “Citoyens, je vais à la mort avec toute la tranquillité qu’inspire l’innocence ; je vous souhaite un meilleur sort.” Sur ses joues, elle a même pris soin de passer du fard pour masquer sa pâleur. Elle ne voudrait pas ressembler à un cadavre comme sa cousine la princesse Arielle Dombasle après trois nuits de beuverie… Elle n’est pas seule à marcher au-devant de la mort. Voyant une de ses compagnes d’exécution complètement abattue, elle la secoue : “Courage, ma chère amie, du courage ; il n’y a que le crime qui puisse montrer de la faiblesse.” Valérie T. sanglote dans un coin…

Monaco envahi par les sans-culottes

La voilà devant la Grande Veuve dressée place du Trône (place de la Nation). La princesse de Monaco s’allonge sur la planche de la guillotine calmement et dignement. Les assistants de Samson n’ont pas eu besoin de lui couper sa chevelure, elle s’en était occupée elle-même dans sa cellule afin d’envoyer sa natte à ses jeunes enfants. Née dans la prestigieuse famille de Choiseul, Françoise-Thérèse est mariée à 15 ans – en 1782 – au jeune prince Joseph de Grimaldi Monaco, frère du prince héritier. Elle donne naissance à deux filles dont Paris Match a l’exclusivité des photos…

Cette petite famille monégasque vivrait une félicité éternelle si la Révolution française n’avait pas éclaté. Monaco est envahi par les sans-culottes, débarquant la famille Grimaldi. En 1792, Françoise-Thérèse et Joseph émigrent, laissant leurs deux petites-filles de 8 et 10 ans derrière eux, à la garde de leur tante la duchesse de Choiseul. Le prince rejoint l’insurrection de Vendée. La princesse part en Italie puis, ne supportant pas cette séparation, décide de revenir en France. Elle est arrêtée une première fois au cours du printemps 1793 au titre de femme d’émigré rentrée en France. Son beau-père, Honoré III, prince de Monaco, parvient à la faire libérer sous caution en sa qualité d’étrangère. Mais les sanguinaires membres du Tribunal révolutionnaire n’allaient pas laisser échapper un tel gibier. Deux semaines après l’annexion de Monaco par la France (le 14 février 1794), la section de la Fontaine de Grenelle demande son incarcération, car la voilà devenue française. Elle est inculpée officiellement de conspiration. La princesse se cache chez une amie, puis gagne la campagne. Fatiguée de se planquer, elle finit par revenir à Paris où elle se fait arrêter et incarcérer à la prison pour femme de Sainte-Pélagie.

Se déclarer enceinte pour retarder l’échéance

Cette beauté si pure inspire des sentiments bien moins purs à certains prisonniers. Notamment à l’épicier Cortey qui, un jour, est surpris en train de lui envoyer des baisers lorsqu’elle passe devant sa cellule. Ce vendeur d’épices trempa dans le complot du baron de Batz pour faire évader Louis XVI, puis fut associé à la tentative pour sauver Marie-Antoinette. Son baiser lui vaut les réprimandes du marquis de Pons, encore plus snob que Balladur avant l’affaire des commissions occultes… : “Il faut que vous soyez bien mal élevé, monsieur Cortey, pour oser vous familiariser ainsi avec une personne de ce rang-là ; il n’est pas étonnant qu’on veuille vous guillotiner avec nous, puisque vous nous traitez en égaux.” Effectivement, tous deux monteront sur l’échafaud ensemble.

Quant à Françoise-Thérèse, son tour arrive un mois plus tard. Elle passe devant le Tribunal révolutionnaire qui la condamne bien évidemment à mort. Elle ne prend même pas la peine de lire l’acte d’accusation. Elle n’a que du mépris pour ces sans-culottes, à peine plus voilé que celui de Cahuzac pour la commission d’enquête parlementaire… Le verdict de mort la laisse de marbre. La guillotine ou un accident de train en Espagne, c’est du pareil au même… Il n’y a qu’une seule chose qui la tracasse, faire porter à ses deux filles chéries une mèche de ses cheveux, mais une mèche que le bourreau n’aura pas coupée avec ses mains pleines de sang. Elle veut elle-même sacrifier sa chevelure, mais le problème, c’est que la justice est expéditive en ce temps-là. Pas d’appel ou encore de Cour de cassation. Le bourreau Samson est déjà là pour l’emmener. Il n’y a qu’un moyen pour retarder l’échéance, se déclarer enceinte ! La voilà donc qui se dit grosse “de trois mois, ayant eu un commerce charnel (sic) avec une personne dont elle ne voulut pas donner le nom”. VGE apprécie la discrétion… Déjà que son histoire avec Lady lui avait valu quelques moqueries…

L’apothicaire pervers

Comme de nombreuses autres condamnées ayant employé le même stratagème pour reculer l’échéance, elle est envoyée à l’hospice du Tribunal révolutionnaire afin d’y subir un examen utérin. Incroyable : elle ne supporte pas qu’on lui touche les cheveux, mais un examen du minou n’a pas l’air de la déranger… Il faudra que la baronne de Rothschild nous explique ce point de savoir-vivre… Le soir même, deux hommes et une femme se présentent dans sa cellule pour effectuer la visite intime. Il s’agit du médecin Enguchard et de la veuve Prioux dont c’est le boulot, mais le troisième individu n’est là que pour le fun, à sa propre initiative. C’est l’apothicaire Quinquet qui ne voudrait pas rater une telle occasion… Bien entendu, la visite ne révèle aucun locataire princier. Enguchard rédige aussitôt le procès-verbal : “Nous avons examiné et visité la nommée Thérèse Stainville, épouse de Joseph Monaco, âgée de 26 ans, déclarée être enceinte de deux mois et demi. Notre examen ne nous a fourni aucun signe de grossesse. Ce 8 thermidor, l’an II de la République une et indivisible.”

Quelques mois plus tard, l’économe de la prison dénoncera dans une lettre à la commission des administrations civiles, police et tribunaux, la présence de l’apothicaire lors de plusieurs examens : “Une telle conduite dans la personne d’un homme qui n’a nulle connaissance dans cette partie ne peut être que le fruit du libertinage.”

Sitôt ses visiteurs disparus, la princesse prend la plume pour écrire à Fouquier-Tinville : “Je vous préviens, citoyen, que je ne suis pas grosse. Je voulais vous le dire ; n’espérant plus que vous veniez, je vous le mande. Je n’ai point sali ma bouche de ce mensonge dans la crainte de la mort, mais afin de couper moi-même mes cheveux et de ne pas les donner coupés par la main du bourreau. C’est le seul legs que je puisse laisser à mes enfants, au moins faut-il qu’il soit pur.” La princesse brise un carreau de vitre et récupère un éclat de verre avec lequel elle se coupe les cheveux non sans mal. Dans un paquet, elle glisse une de ses nattes ainsi que deux lettres. L’une pour la gouvernante de ses filles, l’autre pour celles-ci.

“Les restes de votre malheureuse mère”

Le lendemain matin, extraite de sa cellule pour être menée à la guillotine, la princesse confiera le précieux paquet au guichetier en priant de le faire porter à ses filles. Peu désireux de prendre le moindre risque, celui-ci s’empresse de le remettre à Fouquier-Tinville. Après sa mort, les deux lettres seront retrouvées en sa possession, en revanche, la natte parvient bien aux deux fillettes. Le monstre a-t-il fait preuve de faiblesse devant l’amour d’une mère pour ses filles ? Il faut dire que l’adroite princesse lui a également adressé une lettre pour vanter son “humanité”…

La princesse de Monaco écrit à la gouvernante : “Que Louise (sa tante, NDLR) sache la raison qui m’a fait différer ma mort, qu’elle ne soupçonne pas de faiblesse.” Et à ses deux fillettes : “Mes enfants, voilà mes cheveux, mais je voulais pouvoir couper moi-même cette triste dépouille pour vous la donner ; je ne voulais pas qu’elle le fût par la main du bourreau et je n’avais que ce moyen ; j’ai passé un jour de plus dans cette agonie, mais je ne m’en plains pas ; je demande que ma chevelure soit sous un bocal, couvert d’un crêpe noir, serrée dans le courant de l’année et découverte seulement trois ou quatre fois dans votre chambre, afin que vous ayez devant les yeux les restes de votre malheureuse mère qui mourut en vous aimant.”

La princesse de Monaco passe une dernière nuit dans sa cellule. Elle prie longuement. Pour le salut de son âme et de celles de ses filles. Également pour le salut de la principauté. “Faites mon Dieu que Monaco reste un paradis fiscal pour toutes les fortunes du monde…” Le lendemain, apprenant qu’elle n’est pas enceinte, le président du Tribunal révolutionnaire Dumas signe l’ordre d’exécution. Elle sera la dernière personne étêtée ce jour-là. Demain, ce sera au tour de Robespierre.

Et le mari, le prince de Grimaldi Monaco ? Il reviendra d’émigration, se remariera et tentera de piquer la principauté à son frère aîné. La princesse n’aurait certainement pas apprécié.

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